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24 mars 2017

La baleine Thébaïde [Pierre Raufast]

Après La variante chilienne il y a près d'un an et demi, c'est peu dire que j'attendais avec impatience le troisième roman de Pierre Raufast.

L'histoire : Fraîchement diplômé, Richeville, jeune homme timide et idéaliste embarque au nord de l'Alasaka, sur l'Hirundo. Objectif : retrouver la fameuse "baleine 52", qui chante à une fréquence unique au monde. Mais l'équipage affrété par le sinistre Samaritano Institute a d'autres desseins. Au menu : le sinistre Dr Álvarez, un hacker moscovite, une start-up californienne, une jolie libraire et des cétacés solitaires, mutants ou électroniques qui entraînent Richeville dans un tourbillon d'aventures extraordinaires.

Mon avis : Comme le dit Leiloona, ouvrir le nouveau roman d'un auteur qu'on apprécie relève à la fois du plaisir et de l'inquiétude. Plaisir de retrouver une plume qui nous plait, de découvrir la proposition d'un nouveau monde ; inquiétude que malheureusement cette fois-ci la magie ne prenne pas, qu'on soit déçue.

Mais avec Pierre Raufast, il suffit de quelques lignes pour être rassurée. Je me suis tout de suite trouvée embarquée dans l'histoire qu'il propose, faite de poésie, d'humour et de sensibilité, le tout largement saupoudré de références culturelles qui rendent cette lecture enrichissante.
 
L'histoire n'est pourtant pas forcément joyeuse et la cruauté de l'Homme n'est pas passée sous silence. Mais on trouve beaucoup d'autres choses aussi dans ce roman, plus propices au rêve éveillé et farfelu : une baleine bien particulière donc, d'autres baleines électroniques celles-ci, un voleur de crabes, des Nabaztag, un homme qui ne peut marcher que pieds nus, un steak de stégosaure, un jeu de cartes ayant plusieurs variantes, un hacker russe...

Même si plusieurs histoires sont racontées par différents narrateurs, toutes forment un roman d'un seul tenant cette fois. Fini les histoires dans l'histoire de La fractale des raviolis ou le narrateur racontant plusieurs histoires à la façon de Shéhérazade dans La variante chilienne. Le lecteur fidèle des précédents romans retrouvera cependant moult clins d’œil durant sa lecture qui le feront souvent sourire. Je vais me répéter en disant à nouveau que l'auteur a un véritable talent de conteur comme on n'en voit plus beaucoup, qui sait divertir et cultiver son lectorat en même temps.

Car oui, j'ai encore appris beaucoup de choses ici : le projet Popeye par exemple, visant à utiliser des armes météorologiques​ au Vietnam ou la convention Enmod en interdisant l'usage. Le tout est très habilement imbriqué avec de la pure fiction, au point que parfois je ne savais pas si j'étais ignorante ou en train de me faire mener en bateau.

Encore une fois, ce roman se dévore. et on arrive bien trop vite à la fin. C'est tout simplement du bonheur mis en page que Pierre Raufast nous offre ici. Un coup de cœur !

"Le jeune homme ne souhaite pas être un simple donateur anonyme : il veut influencer les opinions, faire bouger les ligner, jouer un rôle. Il a ce désir ambivalent de changer le monde tout en restant dans le rang. Un manque sournois de courage entrepreneurial combiné à une douce utopie humaniste. Quelque part, il ne croit pas en ses chances. Résigne ou désillusionné, il considère le monde comme un état de fait inerte, massif et corrompu par l'argent. N'est ce point là le mal du siècle ?" (p°149)

La baleine thébaïde, de Pierre Raufast
Alma Editeur
Janvier 2017

22 mars 2017

Annie Sullivan & Helen Keller [Joseph Lambert]

L'auteur : Né en 1984 au Kansas, Joseph Lambert est un auteur américain de bande dessinée.

L'histoire : Née en 1880 dans l’Alabama, la petite Helen Keller devient aveugle et sourde à l’âge de dix-neuf mois, suite à une maladie. Elle se trouve alors dans l’incapacité de communiquer avec son entourage, si ce n’est avec quelques gestes maladroits. Sa vie va être bouleversée l’année de ses six ans, quand ses parents engagent Annie Sullivan comme préceptrice. Elle-même malvoyante, celle-ci a appris à enseigner la langue des signes à l’Institut Perkins pour les aveugles. Elle va prendre en charge l’éducation d’Helen Keller, et, au fil des mois, réussir non seulement à établir un contact avec l’enfant, mais aussi à lui apprendre la langue des signes, puis l’écriture. Les deux femmes resteront amies à vie. Annie Sullivan et Helen Keller relate l’histoire de cette extraordinaire rencontre. 

Mon avis : Si je n'avais pas retenu le noms d'Annie Sullivan et d'Helen Keller, je connaissais déjà la polémique qui est abordée à la fin de cet album. Il m'a fallu quelques instants pour comprendre que Joseph Lambert nous racontait ici la genèse de cette histoire, la rencontre entre Annie Sullivan et la petite fille sourde et aveugle qu'elle va sortir de son enfermement en lui apprenant à communiquer. Une histoire forcément émouvante, car Annie Sullivan ouvre à Helen les portes d'une vie différente. Elle doit pour cela faire violence à la petite fille, presque un animal sauvage, pour qu'elle accepte le contact nécessaire à ses premiers apprentissages qui mèneront ensuite à bien d'autres. L'histoire est raconté sans misérabilisme pour autant, ce qui était le risque, et en faisant le parallèle avec la propre enfance d'Annie.

Si le rendu visuel de l'apprentissage de la langue des signes est frappant, j'ai trouvé le graphisme assez moche pour être franche. Les scènes sur fond noir rendent bien l'enfermement que subit Helen, mais le dessin brouillon n'aide pas toujours à bien comprendre la situation. Il m'a fallu un moment pour comprendre le jeu des doigts, point de détail pourtant si important et qui ensuite prend plus d'ampleur dans les cases.
Annie Sullivan et Helen Keller, de Joseph Lambert, page 8
Bref, un album que je vous conseille pour l'histoire si vous ne la connaissez pas déjà, et qui ne manquera alors pas de vous toucher. Sinon, cela n'a guère d'intérêt.

Annie Sullivan & Helen Keller, de Joseph Lambert
Éditions Çà et là
Octobre 2013

20 mars 2017

Suréquipée [Grégoire Courtois]

L'auteur : Propriétaire et gérant de la librairie Obliques à Auxerre, Grégoire Courtois, né en janvier 1978, est aussi un auteur, chroniqueur et vidéaste français.

L'histoire : Lorsque la BlackJag a été mise en vente, il était évident qu'elle allait révolutionner le marché de l'automobile. Constitué uniquement de matériaux organiques, qui en font pour ainsi dire une voiture vivante, ce nouveau modèle a tout pour plaire. Le prototype qui a servi aux séances de démonstration devant la presse est aujourd'hui revenu en atelier : son propriétaire a disparu ; peut-être la BlackJag a-t-elle gardé en mémoire des éléments qui permettront de le retrouver. Écoutons-la nous raconter son histoire.

Mon avis : Ce petit roman met en scène une voiture révolutionnaire, la BlackJag, constituée de matériaux organiques. Moins d'un siècle après le nôtre, les capacités des véhicules sont enfin poussées à l'extrême. Mais le premier propriétaire du prototype, Antoine, a disparu : à travers les enregistrements stockés dans le véhicule, nous allons mener l'enquête pour comprendre ce qui a bien pu se passer.

L'auteur nous livre ici une vraie fable technologique qui tourne autour de deux aspects : l'importance de la voiture au sein d'un foyer mais aussi comme image de réussite sociale et notre fantasme très actuel de la technologie, avec toutes les questions liées aux intelligences artificielles. Le bureau éthique de constructeur automobile serait-il le seul gardien moral de ce qui peut et ne peut pas être fait comme manipulation génétique ? Les buts fixés le sont-ils toujours pour le meilleur de l'humanité ?

Ce qui est bigrement bien réussi, c'est le passage progressif d'un témoignage qui a toutes les formes de l'objectivité la plus parfaite, à un autre qui semble biaisé par une sorte de conscience dont serait doté le véhicule. Car, en étant organique et doué d'un centre de traitement des flux informationnels, la BlackJag n'altère-t-elle pas les faits qu'elle nous retranscrit, comme un être humain qui n'aurait que sa propre conception de la réalité ?

Ajoutons à cela l'hommage évident à Christine de Stephen King et un créateur qui paraît sous la charme de sa création, comme le docteur Frankenstein de Mary Shelley, tous les ingrédients sont présents pour un roman intelligent et prenant que je vous conseille.

"Je n'ai rien décidé. Je n'ai pas choisi d'être ce que je suis, ni comment je le suis. Je ne porte à aucun moment la responsabilité de mon apparence, ni des fonctions que je propose. Et pourtant je mourrais de honte de ne pas convenir. Je mourrais de honte de ne pas plaire.Aux utilisateurs bien sûr, mais aussi aux observateurs, aux simples passants, à toute personne qui me voit. Je dois être irréprochable." (p°150)

Suréquipée, de Grégoire Courtois
Éditions Folio
Avril 2017

17 mars 2017

Your name, de Makoto Shinkai

Film d'animation japonais de Makoto Shinkai, sorti le 28 décembre 2016.

L'histoire : Mitsuha, adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêve de quitter ses montagnes natales pour découvrir la vie trépidante de Tokyo. Elle est loin d’imaginer pouvoir vivre l’aventure urbaine dans la peau de… Taki, un jeune lycéen vivant à Tokyo, occupé entre son petit boulot dans un restaurant italien et ses nombreux amis. À travers ses rêves, Mitsuha se voit littéralement propulsée dans la vie du jeune garçon au point qu’elle croit vivre la réalité... Tout bascule lorsqu’elle réalise que Taki rêve également d’une vie dans les montagnes, entouré d’une famille traditionnelle… dans la peau d’une jeune fille ! Une étrange relation s’installe entre leurs deux corps qu’ils accaparent mutuellement. Quel mystère se cache derrière ces rêves étranges qui unissent deux destinées que tout oppose et qui ne se sont jamais rencontrées ?

Mon avis : Aller voir un film d'un réalisateur que la presse annonce déjà comme le successeur de Miyazaki, c'est forcément risqué : Makoto Shinkai saura-t-il faire aussi bien ? Tout en faisant différent ? Le succès rencontré au Japon avec plus de 10 millions d'entrée le laisse supposer en tout cas.

Le début surprend par une bande son véritablement rock. Là où le spectateur est plus habitué aux ambiances douces, moyenâgeuses voire intemporelles de Miyazaki, cela surprend forcément. Il faut dire que cette fois, l'histoire est indubitablement ancrée dans le monde actuel, à coup de téléphone portable et de grands immeubles vitrés.

Les images sont très belles, réussissant l'exploit de lier croyances anciennes (notamment avec le kataware doki, lorsque nuit et jour se croisent et que des choses inhabituelles se produisent) et modernité assumée, science-fiction à la limite du film catastrophe et romantisme. Ce dernier point étant là où le film échoppe un peu : la peur constante de Taki et Mitsuha de s'oublier les pousse à répéter sans cesse leur prénom et s'avère lassante. Cependant le scénario est ambitieux et tient la route par tous les autres aspects, et n'est pas dénué d'un bel humour, notamment lorsque les deux adolescents se retrouvent dans le corps du sexe opposé.

Au fur et à mesure, malgré la distance spatio-temporel, un lien se tisse entre nos deux personnages. La profondeur de ce lien est au cœur de ce qui les anime. Le Japon aime les histoires d'amour complexes et excelle dans ce genre. Your name en est un parfait exemple.

Originalité, poésie, émotion, mystère sont donc au rendez-vous. Ce n'est peut être pas encore du niveau du maître Miyazaki, mais on s'en rapproche indubitablement. Il manque encore la petite étincelle qui en ferait un vrai chef d’œuvre.


15 mars 2017

Tyler Cross, tomes 1 & 2 [Nury et Brüno]

Les auteurs : Brüno est un dessinateur et scénariste français, né en 1975 en Allemagne, et un de fondateurs de la revue Professeur Cyclope. Il prête ses crayons au scénario de Fabien Nury, né en 1976, qui participe également à la revue depuis 2013. Ils sont aidés de Laurence Croix aux couleurs. Ce trio a déjà collaboré sur Atar Gull.

L'histoire : Tyler Cross vient de braquer 17 kilos d'héroïne pure appartenant à la Mafia. Il a 20 dollars en poche, un fusil à pompe, un Colt à la ceinture, et il est à pied, seul, au fin fond du Texas. Direction Black Rock, un bled paumé sous la coupe d'un magnat du pétrole et de ses fils. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les péquenauds de Black Rock se souviendront longtemps du passage du gangster dans leur ville !

Mon avis : Belle surprise que cette série, empruntée sur un coup de tête à la bibliothèque. J'avais vu passé un billet élogieux, je ne sais plus où. Et comme je recherchais un album d'aventures je me suis dit pourquoi pas. Bien m'en a pris de tenter cette lecture, que j'ai beaucoup aimé, autant pour le graphisme que l'histoire.

Ce premier album est jubilatoire, plein d'humour et de noirceur. Tyler Cross est un personnage principal taiseux et qui n'hésite pas à tuer s'il le faut, même s'il préfèrerait que les emmerdes ne le collent pas autant pour pouvoir se faufiler et éviter de laisser des cadavres dans son sillage. Un petit côté qui rappelle fortement les personnages joués par Clint Eastwood. Comme il le dit lui-même, il n'est pas trafiquant, il n'est pas tueur, lui, son truc, c'est le braquage. Mais parfois, les coups qu'on lui propose finissent mal.

Dans l'Amérique d'après-guerre, peuplée de mafieux et méchants en tout genre, c'est un festival de personnages savoureux que les auteurs nous livrent. Les femmes sont elles aussi présentes, trop belles pour leur propre bien parfois ; elles doivent apprendre à se battre. On retrouve les ambiances à la Sergio Léone, tirant parfois sur du Tarentino quand le sang coule à flot.

Tyler Cross Angola, planche
Le découpage proposé par Brüno sert merveilleusement le rythme du récit, et les dessins à la serpette relèvent encore les personnalités des protagonistes. Avec les couleurs de Laurence Croix qui vous envoutent, par aplat, et posent magnifiquement les différentes ambiances. C'est une vraie réussite.

Le premier album est une histoire complète. Et elle a su bien justement rencontrer un beau succès pour que les auteurs nous proposent, avec toujours autant de talent, une suite qui forme elle aussi un récit complet. Un troisième tome serait attendu cette année : nul doute que je le lirai avec plaisir !


Tyler Cross & Tyler Cross Angola, de Nury et Brüno
Éditions Dargaud
Août 2013 et Août 2015

13 mars 2017

Le secret de lady Audley [Mary Elizabeth Braddon]

L'auteur : Née en octobre 1835 et morte en février 1915, Mary Elizabeth Braddon est une femme de lettres britannique et auteur de romans policiers, marchant sur les traces de Wilkie Collins.

L'histoire : Après une longue absence, George Talboys rentre en Angleterre retrouver sa femme et son fils. Dévasté à l'annonce du décès de son épouse, il est conduit par son ami Robert Audley chez sa tante, la très belle lady Audley. Mais celle-ci refuse de le rencontrer. Peu de temps après, George disparaît mystérieusement...

Mon avis : Contemporaine des sœurs Brontë, je pensais retrouver chez Mary Elizabeth Braddon ce qui me plait temps dans l'écriture de ces auteurs, le tout mâtiné de mystère et d'un personnage qui enquêterait sur ce fameux secret. Malheureusement, Mary Elizabeth Braddon n'a clairement pas la même plume et ce roman est plein de longueurs qui pourraient être évitées. Mais il faut rappeler que ce roman est paru en feuilletons et que les auteurs étaient payés à la ligne, d'où une tendance naturelle à rallonger les histoires.

Point positif, le décor est effectivement à l'image de ce que j'attendais : nous sommes dans un manoir perdu dans la campagne anglaise, et l'ambiance fleure bon l'époque victorienne et le gothique, délicieusement surannée. Les incursions de l'auteur dans le roman, par le biais de son narrateur, sont vraiment agréables et ajoutent du piquant au récit.

À l'inverse, je n'attendais pas grand chose de l'enquête, commençant à connaître passablement les ficelles des romans policiers. Il faut bien sûr remettre ce roman dans le contexte de l'époque, pour laquelle c'était tout à fait novateur. Un lecteur d'aujourd'hui par contre voit venir de très loin ce fameux secret, pas très bien dissimulé. L'évidence est telle qu'il n'y a plus de suspense. Dès les premières lignes, le lecteur sait ce que cache Lady Audley. Comme pour Carmilla de Sheridan Le Fanu. C'est en fait davantage un roman à sensations qu'un roman policier et c'est bien ainsi qu'il faut le lire.

L'intérêt du roman semble donc de savoir comment Robert Audley va découvrir la vérité sur ce qui est advenu à son ami George. Sauf que je ne me suis attachée à aucun des personnages particulièrement : ni Robert, tout de suite présenté (excusez moi du terme) comme indolent, traînant sa léthargie de place en place avant de se transformer un fin enquêteur, ni George, être fantasque rendu apathique par l'annonce du décès de sa femme. Lady Audley, alias Lucy Graham, avait pour elle une introduction plutôt prometteuse : une femme réservée, qui tentait de gagner sa vie en enseignant et surprise qu'un notable comme sir Michael Audley puisse s'intéresser à elle. Mais après son mariage, la description qui est faite d'elle donne l'impression d'une toute autre personnalité,  celle d'un être capricieux, égoïste et froidement manipulateur. Il m'était difficile de faire cohabiter les deux.

Ajoutons à cela que la parution en feuilletons initiale se ressent beaucoup : certaines pistes lancées sont abandonnées (la lettre volée par la servante), des intrigues emmêlées sont miraculeusement démêlées d'un seul coup, des descriptions sont contradictoires entre le début et la fin (date, âge)...

Bref, si j'imagine assez bien que les lecteurs de l'époque aient pu être fascinés par cet roman, et que j'ai retrouvé avec plaisir l'époque victorienne, j'ai n'ai pas apprécié plus que cela ce roman.

"Souhaitons à l'auteur de ce roman des lecteurs plus consciencieux que la jeune fille. Elle avait parcouru le volume sans savoir ce qu'elle lisait, et l'avait mis plusieurs fois de côté pour guetter à la fenêtre l'arrivée d'un visiteur qu'elle n'avait plus grand espoir de voir venir."

Le secret de lady Audley, de Mary Elizabeth Braddon
Traduit par Madeleine Jodel
Rivages
Novembre 2015

10 mars 2017

Fleurs #42


Fleur achetée le 05/02/2017

08 mars 2017

Idéal standard [Aude Picault]

L'auteur : Née en juin 1979, Aude Picault est une dessinatrice et scénariste de bande dessinée.

L'histoire : Claire, infirmière trentenaire, voit défiler ses relations amoureuses en désespérant de construire un couple, le vrai, le bon, l'idéal. En choisissant de vivre avec Franck, elle croit enfin y être arrivée.

Mais la réalité standardisée de ce qui l'attend n'est pas à la hauteur...

Mon avis : Passée la trentaine, la pression sociale pèse sur les femmes (et sûrement aussi sur les hommes) pour qu'elles se casent, fondent une famille, fassent des enfants. C'est ce que subit Claire. Où que se pose son regard, elle constate avec envie le bonheur d'être en couple. Elle a beau espérer à chaque rencontre d'un homme que celui-ci soit le bon, cela se termine toujours en eau de boudin. Jusqu'à ce qu'elle décide de ne plus chercher. C'est à ce moment qu'elle fait la connaissance de Franck.

Par de petites anecdotes, Aude Picault remet en cause l'image totalement stéréotypée que nous nous faisons de la vie de couple. La société nous pousse à espérer cet idéal qui est loin de l'être pourtant. Le couple, le désir, la sexualité, le travail, la relation à la famille et aux amis... tout est très justement saisi pour mettre en lumière le plus important : le bien-être personnel. La quête de bonheur de Claire est intemporelle et immuable. Elle parle à tout le monde.

Le dessin est léger, précis, vif, tout en rondeur invitant le lecteur à se laisser porter et apportant ce qu'il faut d'humour pour alléger le propos. Le superflu est mis de côté pour se centrer sur le ressenti du personnage de Claire, croquer par ses mimiques irrésistibles. Le jeu des couleurs par aplats doux apporte cette touche douce-amère bien qui accentue encore le fait que cet album est bien loin de la niaiserie amoureuse et proche d'une réflexion sur ce que chacun attend réellement de la vie, au-delà des clichés sociétaux.

Idéal standard, d'Audre Picault
Dargaud
Janvier 2017